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Juin-Juillet 2007

Dernière étape de notre tournée


          MARTHA, LUIS VALCAZARAS et JANAIMA ALHONSO

J’assiste à une répétition d’une pièce écrite et mise en scène par Luis Valcazaras. C’est un monologue interprété par Martha.
J’en profite pour interviewer Luis, Martha et Janaima l’assistante qui est aussi comédienne

Ils répondent à des questions d’ordre général avant de me raconter leur parcours et leur vision chacun à leur tour.

Avez- vous des rituels avant d’entrer sur scène ?
Martha : Ca dépend des spectacles…Moi souvent j’arrive avant les autres comédiens, je m’échauffe le corps, la voix…Je fais des exercices de respiration. Je prie un peu. Et je me concentre. Je me concentre sur quelque chose de la pièce. Je fais aussi un jeu avec moi même : chaque jour que je joue la pièce je me donne un stimulation différente. J’ai mon personnage et, sans que cela n’ai rien a voir avec le texte ou la pièce elle-même, je me dis par exemple aujourd’hui mon personnage a mal dormi, une donnée en plus…
Avant j’avais énormément de rituels. Mais je me sens mieux maintenant que j’ai synthétisé tout ça. Une fois il m’était arrivé de faire temps de concentration, tant d’échauffement que je suis arrivée sur scène fatiguée !

Janaima : J’arrive en avance aussi, deux heures environ. Pour moi l’échauffement est primordial avant d’entrer sur scène, même si je reste assise sur une chaise pendant tout le spectacle. Je fais donc une heure d’échauffement (la voix et le corps). Ca c’est la dernière heure ; pour la première heure, j’aime arriver tranquillement, m’installer, respirer cette ambiance qui pour moi est sacrée, méditer, me concentrer. C’est une heure intime.

L : moi aussi j’en ai que je partage avec mes comédiens : les tours sur soi même des Soufis (derviches tourneurs): Mes comédiens tournent sur eux-mêmes 40 minutes en disant le texte. Ca leur permet de se centrer sur eux-mêmes, de méditer. Ils doivent être vraiment présent a ce moment car sinon ils tombent.

Y a-t-il une expression avant d’entrer sur scène ?
L : Merda !

Existe-t-il des superstitions ?
L et M
: Beaucoup !
M : il y a le fait d’amener un ananas le jour de la seconde représentation qui est bien connue comme étant nulle.
L : non, ça c’est n’importe quoi ! Personne ne fait ça !
M : Si, si ! Lui ne connaît pas mais moi je connais plein de gens qui font ca.On apporte l’ananas pour la sorcière de la seconde représentation. Enfin ça c’est moi qui l’appelle la sorcière !
L : Le Brésil est très mystique. On croit aux Dieux du Brésil, les indiens, caboclos, les orishas
Il y a aussi beaucoup de comédien qui boivent du cognac pour échauffer leur voix.
L : on n’a pas le droit de prononcer le mot « Macbeth », on doit dire « cette pièce écossaise »

Quels sont vos auteurs dramatiques brésiliens préférés ?
M : Dans les classiques j’aime Nelson Rodrigues. Toute nudité sera punie, est ma pièce préférée. En ce moment je découvre de nouveaux dramaturges, la nouvelle génération…
L : Oui il y a Newton Moreno, Sergi Róveri, Fernando Bolasi,
M : Il y a aussi Luis Alberto de Abreu

Quel metteur en scène admirez-vous ?
L : Antunes Filho, José Celso Martinez Correa (=Zé Celso) qui sont la génération qui nous a appris a voir du bon théatre. Ce sont des figures qui marquent la vie de tous. Il y a aussi une nouvelle génération qui s’approprie de nouveaux langages, qui rompt avec les barrières esthétiques d’une certaine époque et qui essaie de créer son propre chemin.
M : J’aime beaucoup Luis , Gero Camillo, Gustavo Machado

    INTERVIEW DE MARTHA

M
: J’ai commence le théâtre depuis petite a l’école. A 13 ans j ai fait une école de théâtre amateur, pendant un ou deux ans. Puis au lycée ou tu dois décider quelle faculté tu vas faire j’ai commencé le théâtre professionnel dans l’Ecole Célia Helena ( nom d une grande actrice de Théatre). J’allais au lycée de 7h à midi puis j’allais à Celia Helena de 18h à 23h. Je répétais des pièces à Célia Helena et a coté je faisais des maths, de la chimie, qui ne m’intéressaient plus car je savais déjà que je n'allais pas m’en servir.
Mais je devais faire de toutes les façons une faculté pour mes parents qui le voulaient, moi aussi je voulais d’ailleurs. Ils me disais fait des études qui te forment a un métier ou tu puisses gagner de l’argent, fait journaliste…Fait autre chose en parallèle au théâtre>
Seulement là je leur ai menti et ai fait des études de cinéma ! Je me suis donc formé dans école professionnelle de théâtre mais n ai pas tout de suite travaillé dans le théâtre car j’étais a l université de cinéma ou j’ai fait des courts métrages, j ai réalisé et fait différentes choses. Quand j’ai terminé mes études de cinéma je suis retourné au théâtre J ai rejoint un groupe d’amis, une bande de filles qui n’avaient pas une idée précise du théâtre qu’elles voulaient faire, pas un type de recherche particulière ni un auteur spécifique, elles voulaient faire quelque chose, n’importe quoi. On a monté la Maison de Bernada Alba, puisqu’on était tellement de filles.
On a fait une fête pour nous permettre d’acheter les droits d’auteurs- qui étaient très chers. Et on a monté la pièce qui s’est révélé marcher pas mal : une bande de filles qui débutent, avec un metteur en scène un peu plus connu. On l’a joué pendant un an dans un espace alternatif : une vieille usine de la famille Matarazzi ( famille très riche du Brésil), l’espace s’appelait A casa do electricista ( La maison de l’électricien).

Financièrement, comment avez-vous monté cette pièce ?
Pour l’espace où on jouait on ne payait pas. Cette vielle usine avait plein de pièces pas utilisées. Il y avait des fêtes, des soirées à but lucratif et les propriétaires voulaient en faire un lieu culturel, artistique. Donc ils nous ont prêté le lieu pour répéter et pour jouer. Nous y avons fait une fête pour payer les droits d’auteur et pour payer les costumes. Puis on a maintenu ce spectacle avec l’argent de la billetterie ; tout le monde travaillait gratuitement, personne ne gagnait rien.C’était un investissement de la part de tout le monde.

Quelle est la suite de ton parcours ?
On a donc joué un an puis il y a commencé a y avoir des disputes. On était un groupe de filles ! Je pense que nous n’étions pas un groupe solide car nous n’avions pas un objectif théâtral commun. Maintenant je travaille avec Luis car j’en avais très envie, a cause de son parcours théâtral
Avec le groupe on a fait une seconde pièce, un cabaret, un texte contemporain. Puis on a appelé un metteur en scène avec qui on voulait travailler sur Pirandello. Il avait beaucoup voyagé en Italie. C’était très sympa, on a fait ce travail. On n’était plus que 5 femmes et un homme ( le groupe s était réduit de moitié). On a monté une pièce inspirée de Pirandello ; on jouait a moitié dans la rue et a moitié dans une maison. Les 5 comédiennes jouaient la même scène mais a chacune à sa façon.
Après cette expérience le groupe c’est dispersé et je suis allé travailler avec un autre metteur en scène, Mario Bortoloto. Je faisais des castings aussi pour du cinéma, j’ai fait des publicités et un petit rôle dans un film.

Arrives tu a ne vivre que du théâtre ou dois tu travailler a coté ?
J’ai travaillé dans différents endroits. Chaque mois c’est different.Certains mois j’y arrive et sinon ma famille m’aide encore quand je n’arrive pas a m’en sortir toute seule. J’ai travaillé dans une boite de publicité, j’ai écrit des choses pour d’autres personnes. En ce moment je cherche du travail.
La pièce qu’on monte actuellement est aidé par le gouvernement de l’Etat ( Sao Paulo): On l’a inscrite a un « edital », un concours qui s’appelle le PAC (Projet d’Aide a la Culture). C’était la première édition de ce concours, ils ont primés trente pièces. Il y a plusieurs prix. On a gagné le plus petit : 15000 reais (environ 5000 euros). Le budget minimum pour monter cette pièce est de 36 000 reais.

Pourquoi fais tu du théâtre ?
Je ne sais pas car ça fait depuis que je suis si petite ! Aujourd’hui j’en fais car je ne peux pas ne pas en faire ! Si je pouvais choisir une autre profession je le ferai car je trouve que c’est un milieu très ingrat. Sinon comme tout le monde car je suis passionnée. Je ne pense pas que je vais changer le monde car je fais du théâtre ni que c’est un grand intérêt pour tout le monde. Je sais juste que moi j’aime beaucoup.

    INTERVIEW DE JANAIMA

J
: J’ai décidé de faire du théâtre quand j’avais 6 ans, j’étais a école. Il y avait le jour des enfants a école et il y avait un spectacle de marionnettes. Moi je n’étais jamais allée au théâtre car je viens de l’intérieur de la région de Sao Paulo ( la campagne). Quand j’ai vu ce spectacle, ce nouveau monde qui s’ouvrait devant moi, toutes ces marionnettes j’ai été subjuguée.
Puis j’ai grandi avec cette expérience a l’esprit , ça m’a réveillé mon intérêt pour lire, raconter des histoires, savoir comment vont les autres, comment ils racontent leurs histoires…
Et voila le temps passait et là dans l’intérieur il n’y avait jamais de pièces de théâtre ou juste des petits événements organisé par la préfecture qui donnait des cours. Mais quasiment rien. A l’adolescence j’ai parlé à mes parents et je leur ai dit que je voulais être actrice, qu’après le lycée je voulais aller a Sao Paulo pour étudier le théâtre. Mes parents ne ‘ont pas accordé beaucoup d’attention a ce moment la.
Moi je n’y connaissais rien au théâtre : ni quelle formation, qu’elle école…Je regardais dans les journaux, découpais des articles.
A 17 ans je suis venue a Sao Paulo et je suis allée a école Celia Helena. Mes parents pensaient que c’était quelque chose de pas sérieux, que je faisais du théâtre comme j’aurai fait de l’anglais ou de la danse.Donc le matin je faisais une faculté de pédagogie et l’après midi, théâtre Je faisais juste ça car mes parents le voulaient, moi je voulais faire que du théâtre. J’ai fait 6 mois et j’ai arrêté. J’ai dit à mes parents que je voulais faire que du théâtre. Ils n’ont pas voulu et m’ont dit de choisir une autre faculté. J’ai choisi Sciences Sociales. J’ai fait un an comme ça, avec le théâtre, puis j’ai arrêté. J’ai eu une grosse dispute avec mes parents pour le dire que je voulais faire du théâtre. J’ai arrêté la faculté et ai continué le théâtre en cours du soir et la journée je travaillais comme serveuse. J’ai travaillé comme ça pendant 5 ans. J ai arrêté il y a seulement 6 mois que je me suis donné le luxe d’arrêter.
Je me suis donc formée , j’ai joué des pièces a école et en dehors, 2 pièces plus une jeune public.
Puis j’ai du m’éloigner longtemps du théâtre Car je devais gagner de l’argent et mes parents n’aimaient pas que je sois serveuse, c’était une horreur pour eux, une honte. J’ai beaucoup travaillé puis j’ai vendu ma voiture pour me permettre d’avoir de l’argent et de continuer le théâtre
Je suis revenue peu a peu en faisant des stages de théâtre, de cinéma a Rio, ou ici a Sao Paulo avec le groupe Vertigem, ou a l’Ecole Fatima Toledo. L’année dernière j’ai fait un long métrage connu.
Je voulais faire stage avec Luis ( le metteur en scène ici présent) l’année dernière mais il ne m’a pas retenu mais a retenu une amie a moi !.Grâce a elle j’ai connu Luis, et on est devenu ami et un jour il m’a proposé de devenir son assistante.

    INTERVIEW DE LUIS

Luis :
Je vais beaucoup parler ! Actuellement j’ai deux pièces à l’affiche.
Je vais essayer de résumer un peu mon histoire. Je suis de l’intérieur de Sao Paulo (la région), d’une petite ville, Itapeva et par là-bas il n’y a pas de théatre. Mon père était propriétaire d’un cinéma. Donc depuis tout petit je vois des films, de la est venue mon envie de devenir acteur. Mai il n’y avait pas moyen d’aller a Sao Paulo. J’ai travaillé dans autre chose pour pouvoir vivre ici et j’ai découvert que le théâtre est fait de plusieurs choses : la lumière, la mise en scène, la scénographie…De comédien je suis passé assistant a la mise en scène, j’ai travaillé avec de bons metteurs en scène. Et j’ai compris que ce que je voulais faire c’était diriger, car je pense qu’un bon acteur doit avoir un équilibre entre plaisir et responsabilité. Moi comme comédien je ne ressentais que la responsabilité. Je voulais être le meilleur, je souffrais beaucoup. Donc j’ai arrêté. Et quand j’ai commencé la mise en scène plaisir et responsabilité d’un bon travail étaient équilibrés.
Je n’ai pas de formations universitaires, j’ai fait des stages. J’ai commencé a donner des stages pour l’Université ! J’ai découvert que toute les choses que je faisais dans le théâtre étaient toujours des copies de l’étranger : je suivais Stanislavski, ou je suivais Arthaud ou je faisais du Grotowski. J’ai découvert que dans leur vie il existait toujours un lien avec le théâtre or dans ma vie il n’y en avait pas. Du coup j’ai arrêté de faire du théâtre et je suis rentré a Itapeva. Et un jour alors que je dînais, mon père- il était conteur d’histoires- contait une histoire et j’ai compris que ma formation théâtrale devrait être conteur d’histoires car c’est l’unique relation que j’avais. Donc j’ai décidé de créer un système de travail ou j’utilise la narration d’histoires comme instrument du travail de l’acteur. Quelles sont les histoires internes, les monologues intérieurs. Je développe avec mes comédiens un travail de recherche sur l’oralité qui est á l’intérieur d’eux, ce qui se passe dedans.
L’autre principe de mon travail est de transformer tout en récit (« narrativa »). C’est un travail d'entrainement du comédien et ça peut s’adapter a n’importe quelle pièce : il s’agit de ne pas regarder une chaise mais l’histoire de la chaise. A partir du moment ou tu crée des histoires sur tout tu es toi-même une histoire, tu es partie intégrante. Le travail que je pourrai faire avec toi sera très différent de celui que je pourrai faire avec Janaima car ton univers narratif va être très lié aux références que tu as.Tu peux travaillé la même pièce que Martha mais sans avoir les mêmes histoires intérieures.
J’ai commencé a étudier mais toujours en interrogeant les conteurs d’histoire de l’intérieur, jusqu’à ce qu’il y ai ici a Sao Paulo une rencontre mondiale des conteurs d’histoires. J’ai enregistré toutes les rencontres pour approfondir mes recherches.

Comment montes tu tes spectacles ?
Au départ je ne me préoccupais pas de ce que je voulais monter mais de ce que je voulais dire.Puis plus tard je me suis préoccupé de comment dire. Et aujourd’hui je vois une personne qui me plait et je me dis « qu’est-ce que je peux lui apporter comme matière pour qu’on travaille ensemble ? ». Pour Martha ce fut comme ça : Je suis allée voir la pièce qu’elle jouait et je suis resté discuté avec elle après, car j’aimais beaucoup son travail. On s’est dit qu’on aimerait travailler ensemble un jour. On est resté en contact et un jour m’a femme m’a rappelé que j’avais un monologue . Martha l’a lu et a partir de la on a commencé a travailler. Pas sur la pièce, on se voyait tous les jours et je lui donnait des exercices de conteur, a partir des techniques que j’avais développé. Cela a du durer un an comme ça.
Je travaille de deux manières : une « professionnelle », ou on m’engage pour monter une pièce en 3 mois.
Et puis il y a une autre manière, que je préfère, quand on a du temps. Ca permet d’arriver vers un théâtre plus rituel, plus spirituel c'est-à-dire de s’intéresser a d’autres choses, au delà du texte et de la mise en scène. Et puis je joue beaucoup.

Quelles sont, selon toi, les qualités nécessaires à un bon comédien ?
Il y a deux choses : Il y a l’aspect technique que tous les professionnels connaissent comme la diction, la voix qui porte… Mais la seule technique ne fait pas un bon comédien, il faut quelque chose de plus. Pour moi cette chose c’est sa relation avec le plateau ( Plateia), ce feeling je crois que c’est ce que je recherche chez un comédien. 

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