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Juin-Juillet 2007

Dernière étape de notre tournée


Rodolfo Garcia Vasquez
Interview en français, appris a l’Alliance française

Peux-tu te présenter ?
Je suis metteur en scène. Je suis né à SaoPaulo. J’ai commencé ma vie professionnelle en tant que manager dans une entreprise internationale. Au bout de 2 ans ce monde ne me suffisait plus. J’ai commencé à faire un cour de théâtre puis j’ai commencé avec une compagnie comme metteur en scène.
En 1989, moi et Yvam Cabral, nous avons fondé la Cie Os Satyros. On a fait 2 -3 spectacle scandaleux, on était très jeunes et on avait cette énergie scandaleuse et révolutionnaire. A cette époque on a été invités à nous présenter en Europe, au Portugal et en Espagne.
Nous avons quittés le Brésil en 92. A cette époque le Brésil vivait un moment très difficile, notre Président était très corrompu, et il n’y avait aucune aide pour la culture. Pour nous ce fut comme un exil.Nous avons vécu à Lisbonne pendant 7 ans. Pendant cette période on revenait au Brésil, à Curitiba. On avait une double vie, c’était fou. Nous habitions à Curitiba et à Lisbonne ! C’était très difficile Ca a duré 4 ans.
A cette époque également, j’ai commencé à travailler comme metteur en scène en Allemagne sur des projets internationaux avec des artistes de différents pays. Chaque année des jeunes comédiens venaient des 4 coins du monde pour faire un spectacle contre le racisme qu’on représentait dans les écoles, les prisons, etc.… J’ai fait aussi des projets avec des comédiens européens sur le néonazi et la violence entre les jeunes européens.
J’étais donc partagé entre Lisbonne, Curitiba et l’Europe..
En 1999 nous avons arrêté notre travail à Lisbonne pour nous concentrer sur notre travail au Brésil. C’était trop de dépense d énergie pour faire un travail qui n’était pas toujours bien.

C’est a cette époque que vous etes arrivés sur la Place Roosevelt ? Comment ça c’est passé ?
En 2000 on est arrivé sur cette place qui était un lieu de prostitution et de trafic de drogue. C’était impossible de passer par lã la nuit. C’était considéré comme un des lieux les plus dangereux de Sao Paulo et la criminalité était terrible.
Dans cet immeuble ( la ou il y a le théâtre) c’était un hôtel ou transsexuels et travestis se prostituaient. En plus il y avait les trafiquants.
Mais nous avions l’envie de retourner a Sao Paulo, on s’est donc installé la.
Au début en 2001 c’était très difficile, on a eu beaucoup de problèmes avec les trafiquants et avec les travestis aussi. Ils ne nous acceptaient pas.
Par ailleurs nous contactions la presse et les critiques nous répondaient qu’ils voudraient bien connaître notre travail depuis notre retour mais qu’ils ne peuvent pas venir dans un tel endroit. Ils nous demandaient de faire des représentations ailleurs.
Nous n’avons eu aucun support de la presse. C’était impossible.
Vous voyez ça ? ( Il nous montre une dalle sur le trottoirs en face de l’entrée du théâtre) C’était la ou les trafiquants mettaient la drogue et l’argent des ventes. Quand le public venait, les trafiquants venaient chercher la drogue et ranger l’argent. C’était très difficile Et du coup on avait peu de public.
On a décidé d’entrer en contact avec le trafiquant. On a négocié, on lui a offert beaucoup de bières pour qu’il aille travailler un peu plus loin.
Pour les travestis, nous avions un élève homme, avant notre départ. Quand on est rentré c’était une femme (travesti). On l’a contacté et il nous a présenté Phedra de Cordoba qui est un travesti cubain de 70 ans. Elle habite au Brésil depuis 1958 et elle était une figure très connue dans le monde gay, de night clubs. Elle a fait le pont entre nous et les travestis qui travaillaient et habitaient ici.
Après on a commencé à être reconnu pour notre travail.
En 2003 et 2004 les intellectuels ont commencé a venir ici, a assister aux spectacles. On a mis les tables de bar sur les trottoirs. Les travestis étaient nos amis. Il y a avait une entente incroyable entre ces mondes travestis, trafiquants, intellectuels, artistes…Tout le monde était dans une connivence, une ambiance très originale.
A cette époque on a rencontré une dramaturge allemande, Dea Loher, qui était enchantée par cette ambiance et qui a écrit la pièce « La Vie de la place Roosevelt ».

Après le Parlapatoes ( autre groupe de théâtre) est venu installé un théâtre et nous, nous avons pris un autre petit théâtre La place s’est transformée en espace des artistes, avec beaucoup de gens. Les immeubles ont augmenté leur valeur. Car maintenant c‘est plus tranquille.Le danger n’est plus la.
Le quartier s’est transformé de façon radical.
Du coup les travestis sont expulsés à cause de la valorisation. La classe moyenne vient habiter ici, et les prix montent. Ca nous pose même problème a nous. On est locataire, on ne peux pas acheter nos théâtres, c’est trop cher. Et les loyers augmentent grâce à nous !

Avez-vous d’autres projets de théâtre, de lieux à transformer ?
On a commencé l’année dernière à faire un travail dans une favela. On a un lieu dans la favela. Nous pensons faire une transformation sociale aussi grâce au théâtre dans cette réalité la.C’est très différent du centre, très triste, très difficile Tous nos techniciens ici, sont formés par nous et viennent de cette favela. Ce sont des jeunes qui étaient criminels et qui maintenant sont techniciens. C’est une façon d’être en contact avec cette réalité la et d’être toujours conscients que nous ne sommes pas un pays européens et que c’est notre réalité.
Nous n’avons pas d’argent donc l’espace se transforme très lentement en théâtre

Qu’est ce que ton théâtre ?
C’est très difficile à dire. Nous appelons notre théâtre, le « teatro veloz », veloz c’est speed, la vitesse.Le théâtre de la vitesse.
Nous voulons tout le temps être attentifs et répondre aux informations qui viennent du monde et aussi aux développements émotionnels qui nous touchent. Donc c’est un théâtre toujours préoccupé de la façon dont le monde m’affecte et par la façon dont je peux répondre à cette demande du monde.
Ce sont des choses complètement différentes :
On travaille avec le mythe grec, avec la réalité banale, avec la violence,…Beaucoup de différentes influences esthétiques. Il n’y a pas une méthode ferme et consacrée. Mais c’est intéressant car les gens qui connaissent notre travail trouvent un lien entre tous nos travaux très différents. Je ne sais pas très bien quel est ce lien…

Y a-t-il un groupe Os Satyros ? Travailles tu avec les mêmes comédiens ?
Il y a un noyau dur. Les décisions importantes sont prises par moi et Yvam. Il y a un groupe de comédiens qui sont la depuis 3-4 ans. Et il y a des comédiens invités pour des projets spécifiques. Il n’y a pas de structure fixe, c’est flexible.

En tant que metteur en scène comment choisis tu tes comédiens ?
Quand on a invité Phedra a travaillé avec nous, elle vivait encore de la prostitution. Elle avait eu , dans le passé, une expérience de spectacle de revue, avec les plumes.
Nous pensions que ça pouvait être une expérience très intéressante pour nous de n’être pas lié a l’académie ou a la tradition d’interprétation ; de rentrer en contact avec une autre forme d’expression dramatique et de ce mélange nous pourrions développer une chose nouvelle et propre a nous.
Cela nous a apporté beaucoup de vie, de réalité , d’expérience. Notre façon de choisir les comédiens a à voir avec l intensité de vie et pas seulement avec sa qualité formelle.

Avez-vous des aides de l’Etat
Oui parfois mais ce sont des aides spécifiques et pas continues, C est ponctuel. Par ex maintenant on n’en a aucune.

Comment marche un théâtre alors ?
Je ne sais pas comment ça marche. C’est difficile Mais il y a un très fort mouvement de théâtre alternatif. Les artistes arrivent à trouver des façons de survivre, avec des soutiens spécifiques, des travaux spécifiques. Ils montent leur pièce sans aide. Beaucoup de spectacle sont financés par nous même : 40 -65% sans aucune aide. Beaucoup de fois les gens ne gagnent rien .Ils font d’autres activités. Mais ils maintiennent le théâtre comme le cœur de leur vie d’ artistes (et a coté ils font des telenovelas, ils travaillent avec des entreprises, sont profs).
Les choses ont bcp changées. Au début 90 c’était beaucoup plus difficile Maintenant le théâtre alternatif est très fort a Sao Paulo.
La transformation qui a eu lieu ici dans la place Roosevelt est le symbole de la transformation radicale que le théâtre a fait à Sao Paulo .

Comment les gens de théâtre sont ils considérés
Pendant les année 89 et 90 le comédien n’était pas considéré. Maintenant je crois qu il y a une transformation dans cette perception.

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